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Blaise Lacolley

Une pomme représentée n'est pas une pomme, une femme nue représentée, peinte à l'eau ou à l'huile, n'est pas une femme nue, et même une pipe sur un tableau n’est pas une pipe.

Alors donc, l'artiste désespère et se gratte le derrière en faisant comme si. Il peut toujours se gratter, le vif est toujours mort. Sur le lin ou le papier, le vivant pur jus fait la nique à l'artiste, qui perd la foi si on ne lui offre pas la mauvaise sur un plateau et si on ne le convainc pas qu'on y croit, à son tableau !

On fait bravo à l'eau de mer et au bateau peints en bleu et en blanc, on signe sous le titre Bateau sur l'eau, et vogue la galère, l'artiste et son public sont dans la même, ils n'ont même rien à redire à ça, ou seulement « que c'est à s'y tromper », ou « qu'il ne lui manque que la parole », ou « On dirait qu'il vole, le papillon représenté ».

Il en va tout autrement du corps mort, seul objet d'art vivant de son flamboiement et de son exclamation, silencieuse mais indubitable : « Je suis mort ». Il n'y a pas tricherie, le corps est bien là et bien mort, qu'il pousse dans un terrible mutisme un « Viva la muerte ! »redondant ou ne dise rien.

La momie dévaste et emmène celui qui la zyeute dans son thème, et le claquement de dents ne réveille personne, plus rien ne bouge, plus rien ne parle, l'eau de roche est claire, la momie aussi. Véridique, elle signe son aveu, elle est une signature même, et elle persiste pour l'éternité, sans un doute possible sur sa présence.

Blaise Lacolley, pour vous servir, a compris cela magistralement.